[PP-discussions] Quelques mécanismes qui nuisent à la discussion

Cortex perso at sylvainduchesne.com
Ven 6 Sep 00:53:32 CEST 2013


Bonsoir,

Je souhaiterais partager avec vous une petite réflexion sur les
discussions/débats au PP (et donc par mlist ou forum) et plus
précisément je voudrais mettre en lumière quelques mécanismes qui leur
nuisent fortement.

1. Le fond / la forme
Tout d'abord, j'aimerais parler de cette fâcheuse tendance que nous
avons à mélanger le fond et la forme. Ils sont nécessairement liés et
complémentaires pour bien comprendre le message mais il est important de
bien les distinguer pour ne pas réagir excessivement et pour ne pas
répondre "à côté". En simplifiant un peu, on peut dire que le fond,
c'est ce que veut dire l'émetteur - sa thèse - et qu'il est souvent
facile à identifier (si l'on ne réagit pas à la forme. La forme contient
elle aussi des informations, mais plus subtiles/diffuses. On y retrouve
souvent le degré de charge émotionnelle (énervement, tristesse,
joie...), ou bien une attitude (provocante (qui peut aussi masquer une
forte charge émotionnelle (volonté de provoquer un conflit car
souffrance en amont) ou l'envie simplement de provoquer une réaction),
bienveillante...).
Si l'on ne sépare pas clairement le fond et la forme, c'est-à-dire, si
l'on ne cherche pas ce qu'à voulu dire l'auteur, sans tenir compte de la
charge émotionnelle, des sous-entendus, de la provocation, etc. on prend
le risque de rentrer dans un cercle (vicieux) de violence.

2. Se sentir agressé
Une des premières causes de ces cercles est le fait de se sentir agressé
par un propos. Séparer le fond et la forme permet de réduire ce
sentiment d'agression, mais on peut aller plus loin. Il n'y a aucun lien
de causalité systématique entre "être agressé" et "se sentir agressé"
(on peut se faire insulter et ne pas s'en soucier et, un malentendu peut
déboucher sur un sentiment d'agression (sans agression)).

2.1 L'insulte
Après un "maître il m'a traité", mon père, instit', demande souvent à
ses élèves "quand Alice insulte Bob, qu'est-ce que ça nous apprend sur
Bob ?". Rien bien sûr. Ca nous apprend que Alice souffre d'une situation
et qu'elle l'extériorise sous forme de violence contre Bob (qui peut
très bien n'être pour rien à sa souffrance (ex : se faire insulter par
une personne "de mauvais poil")). Si tout le monde est d'accord que l'on
a rien appris sur Bob, celui-ci n'a pas vraiment de raison de souffrir
de la situation. Il peut au contraire déployer toute sa compassion vers
Alice qui semble souffrir.

2.2 La critique (négative)
Autre agression classique dans ces contrées : la critique. On en
distingue deux formes : objective ("tu n'as pas fait ça") ou subjective
("tu as fait du sale boulot"). Contre-intuitivement (pour moi en tout
cas), le premier cas, moins fréquent que le second, est plus difficile à
gérer : il pose problème quand la critique est vraie. Si elle est fausse
(non conforme à la réalité), on peut en débattre, trouver des preuves,
etc. Mais si elle est vraie, la personne associée à la critique peut
souffrir à cause de tristes mécanismes que nous avons en nous
(culpabilité, sensibilité aux reproches/critiques...). Un bon début est
de prendre conscience de ce qui se passe en nous au moment de ce malaise.
La critique subjective ou jugement, est assez proche de l'insulte (sans
être forcément aussi négative) du point de vue du mécanisme : elle ne
nous apprend rien sur la personne critiquée (Alice, pour changer), si ce
n'est qu'elle n'est pas "à la hauteur" des espérances/exigences de la
personne la critiquant (Bob). La question à se poser est : est-ce que
l'avis de Bob a de l'importance, pour Alice, pour d'autres personnes ?
Si oui, est-ce que ce jugement est fondé ? Une arme redoutable contre
les jugements consiste à les reformuler en enlevant toute agressivité et
en se rapprochant du factuel/objectif (ex : "être incompétent" -> "ne
pas avoir toutes les compétences requises pour un poste/une fonction").
Cela permet de remonter petit à petit jusqu'au noeud initial et de
désamorcer le conflit.
A noter que certains jugements se présentent sous les atours d'une
critique objective.

3. Réaction
La conséquence direct du sentiment d'agression consiste à être dans la
réaction. On se transforme alors en automate qui n'est plus contrôlé par
la raison : les entrées (inputs) agressives sont immédiatement
transformés en sorties (outputs) violentes. La réaction automatique est
le carburant du cercle vicieux de la violence. Pour éviter les conflits,
cette état de réaction est à reconnaître (chez l'autre et en soi) et à
éviter à tous prix. Pour cela on peut travailler à éviter de se sentir
agressé (voir plus haut) et travailler également sa compassion ou au
moins son empathie, pour l'autre.

4. La compassion et l'empathie
La compassion ("souffrir avec") consiste à ressentir de la souffrance
lorsque un être apprécié/aimé/cher/dont on se sent proche souffre. Elle
est du domaine du ressenti, de l'émotionnel. L'empathie est, quant à
elle, consiste à comprendre la souffrance de l'autre. C'est une démarche
purement intellectuelle (aucune émotion). En pratique, les deux sont
souvent mêlées mais cela n'a rien de systématique. Certaines personnes
ne ressentent pas de compassion (souvent des gens très rationnels, dont
les émotions sont enfouis en profondeur (j'ai été comme ça, je
connais)), d'autres sont saturées par leur compassion (et en général par
toutes leurs émotions) ce qui ne laisse pas de place à la compréhension.
De ces deux mécanismes, il n'y en a pas un de "mieux" que l'autre.
Chacun correspond à une partie de nous (rationnelle ou émotionnelle) et
est utile dans des circonstances différentes. Ils sont tous les deux
très important pour avoir des relations (un minimum humaines) avec
d'autres personnes. En particulier ces deux mécanismes peuvent être
utilisées dans le désamorçage de conflits. Soit par une personne
extérieur (sa compassion peut le pousser à aider, avec douceur, les
personnes impliquées à trouver une solution acceptable pour tous), soit
par les belligérants eux-mêmes qui, s'ils ont un minimum de
connaissances des comportements humaines, peuvent comprendre que la
violence de l'autre découle d'une souffrance et cette compréhension peut
réveiller en eux de l'empathie ou mieux encore (dans ce cas). Plus tard,
lorsque cette compréhension est intériorisé, c'est même de la compassion
qui sortira plutôt qu'un sentiment d'agression.

5. Les limites de la compassion et de l'empathie
La compassion et l'empathie ont cependant un penchant dangereux : elles
peuvent aider à désamorcer un conflit mais elles peuvent tout autant en
être à l'origine ou l'alimenter. Par compassion/empathie pour une des
parties d'un conflit, une personne peut en venir à rejoindre un "camp"
plutôt que de participer à la désescalade. Et ainsi à l'inverse, les
camps adverses grossissent et la violence augmente. On appelle ça
généralement "prendre parti".
La compassion/empathie peut même être à la cause d'un conflit : il
arrive qu'une personne sous prétexte de défendre un individu qui ne lui
a rien demandé mais qui souffrirait de la situation, agresse une ou
plusieurs autres personnes. Cas récent : des accusations (donc
agressions) de transphobie pour défendre une personne (Manning) qui
n'est absolument pas au courant de ce qui se dit au PP. Cela va
d'ailleurs au delà de la compassion/empathie puisqu'il n'y a pas de
souffrance effective (on ne peut pas souffrir d'une agression que l'on
ignore), il n'y en aura que si la potentielle victime est informée...
Il y a donc un vrai risque à se mettre trop à la place d'une autre
personne. De plus notre compassion et notre empathie ne sont aux
services de la paix que si on les tourne vers l'ensemble des partis en
présence (et pas seulement un "camp").

Voilà, je tenais à apporter cette petite contribution à l'amélioration
des discussions au PP. Je pense que ces idées peuvent aider à diminuer
les tensions et à apaiser les discussions en permettant à chacun.e
d'être plus résistant.e (et donc plus tolérant.e) face à cette maladie
contagieuse qu'est la violence.
Je n'ai volontairement pas mis beaucoup d'exemples car ceux qui me
venaient étaient un peu trop lié à l'actualité et que je ne souhaite pas
relancer de polémique, mais si vous trouvez que ça manque, je peux en
ajouter pour expliciter.
J'accepterai toute critique ;-)

Piratement,
Cortex


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